Historique

par Alain Rault

1. Les débuts
- Tu te souviens ?
- Non pas vraiment, j’y étais pas !
- Ah je croyais !
- Non, avant c’étaient d’autres. Ils ont laissé quelques traces, quelques lettres, des bouts d’échanges, la mémoire est un peu floue mais bon quelques noms, quelques dates permettent quand même de s’y retrouver.
- Il est peut-être temps de faire ce travail de mémoire, non !!!?
- Oui mémoire d’accord, mais que cherche-t-on à savoir ?
- Ben d’où ça part, quels ont été les éléments fédérateurs, comment ça a bougé ???
- Ce qui est sûr c’est que si nous en parlons aujourd’hui c’est que l’histoire a continué. La date de naissance de l’association remonte à la fin des années 60, on y reviendra, mais le nom ADEC c’est sûr c’est 1970, donc le nom ADEC aura 40 ans en 2010 !
- Alors c’était quoi le point de départ ?
- Sans doute un contexte particulier. Le théâtre est une longue et forte tradition en Bretagne, les patronages catholiques d’une part, les patronages laïques d’autre part étaient florissants. Par ailleurs une première compagnie professionnelle, le Centre Dramatique de l’Ouest sillonnait les villes et les campagnes de Bretagne, faisait découvrir d’autres façon de faire du théâtre par la diffusion de spectacles mais également des stages.
La région Ouest a commencé à se structurer au milieu des années 60 avec l’appui de la FECTAF (Fédération Catholique du Théâtre Amateur Français), le Morbihan a créé son Comité Départemental de la FECTAF en 68 avec une parution au journal officiel seulement le 16 juillet 1969.
Quelques mois voire quelques années ont été nécessaires pour trouver ses marques : Structurer une association et un territoire, s’inscrire dans une filiation nationale qui elle-même s’est modifiée (la FECTAF et la FNSTA (fédération Nationale des Sociétés de Théâtre Amateur) ont fusionné pour former la FNCTA en 1974).
- Et sur quel but s’est fondée l’association ?
- Voici ce que disaient les statuts de l’époque : L’association a pour but de favoriser et de promouvoir l’éducation populaire pour l’Art Dramatique ; de défendre les intérêts matériels et moraux des groupements d’amateurs ; de faciliter l’achat ou la location des livres, décors, costumes ; d’organiser tous les stages et rencontres susceptibles de permettre la formation théâtrale (extrait du document de la Préfecture).

A suivre....

2. Un appel à témoins

Cet exercice de vouloir mettre en feuilleton notre histoire nécessite de plonger dans les archives, chercher à rencontrer des témoins voire des acteurs de cette histoire.
Profitons donc de cet anniversaire pour lancer un appel à témoins. Si vous êtes ces personnes ou si vous connaissez quelqu’un qui connait quelqu’un qui sait quelque chose, qui cache dans sa mémoire ou dans ses dossiers au fin fond d’un placard, ça vaut de l’or, heu heu de l’or théâtral bien entendu.
Alors plutôt qu’une histoire qui prend le chemin de la chronologie, peut-être va t-elle ressembler dans un premier temps à un puzzle que nous mettrons en ordre au fur et à mesure.
Je peux dire par exemple que les pionniers de l’Adec étaient de Malestroit : Jean-Pierre Giraud, de Ruffiac : Mr Chatel, de le Faouet : Pierre Baillergeau, de Questembert : Mr Marquer, de Sarzeau : François Ménéat, puis plus tard de Lanvénégen : Rémi Mounier, de Muzillac : Marie Chénais, de Vannes : Jean-Philippe Breton, ...
Je peux dire aussi que dès les premières années c’est la formation des acteurs et des enseignants et éducateurs qui est à l’ordre du jour :
Et oui la saison 69-70 a vu un stage animé par un instructeur national de Jeunesse et Sports pour les enseignants et éducateurs à Locminé avec comme thème « l’expression et l’enfant ».
Cette même saison, Roger Guillo de la CDO (Comédie de l’Ouest ou Centre Dramatique de l’Ouest) a animé un stage pour acteur à Lochrist. Des stages régionaux avaient lieu à Rennes d’autres à Muzillac et Locminé.
Des ateliers sont mis en place en milieu scolaire et animé par des "instructeurs régionaux".
Un festival rencontres se tient au Faouet en avril 1970 avec les troupes du Faouet, Nivillac, Muzillac, Vannes.
En fait, depuis le départ, ce qui nous fonde c’est effectivement la mise en réseau des troupes, la relation avec les professionnels dans le cadre de la formation : la formation des enfants, des adultes et des enseignants ; la mise en place de festivals rencontres.
Pour la suite je compte sur ceux qui savent des choses …

A la prochaine...


3. Cheminement

On peut dire que les années 70 ont été des années fondatrices parce que c’était l’émergence d’une recherche théâtrale qui prend sa source dans les événements de 68.
C’est la naissance de collectifs, le théâtre universitaire en a nourri un certain nombre, c’est une période d’invention et de dynamisme.
Le centre Dramatique de l’Ouest diffuse ses spectacles sous chapiteau dans les cantons bretons.
Le Morbihan se met en mouvement tranquillement. De 1973 à 1977 les énergies sont faibles, ce qui amène Rémi Mounier, président à passer le relais fin 1977 à Jean-Luc Emeraud qui va relancer progressivement l’association. Issu de la troupe du Roc St André qui va devenir le Théâtre de la Rumeur plus tard, Jean-Luc a porté l’association en solitaire quelques années puis s’est entouré de quelques personnes au fur et à mesure des actions qui se mettaient en place, formation, festival...
Rappelons que c’était l’échelon régional qui était employeur à l’époque des animateurs qui venaient en appui des départements. Des interventions avaient lieu en milieu scolaire avec notamment Rosette Chesnaie sur Vannes (elle fait maintenant partie de la troupe de la Roche /Yon « l’Ecarquille »).
1977 c’est également l’embauche de Paul Rose animateur régional qui a épaulé et participé à redynamiser le comité départemental ADEC Union Ouest Fncta.
En avril 1978 deux stages sont organisés à Ploërmel, l’un sur le masque et son utilisation animé par Hervé Lelardoux (aujourd’hui metteur en scène du Théâtre de l’Arpenteur à Rennes) et un stage expression orale animé par Robert Angebaud du Centre Dramatique de l’Ouest.
On trouve également dans les animateurs de l’époque : Roland Fichet, Monique Lucas, François le Gallou, Michel Estier, Bernard Lotti, André Sagel... qui ont par la suite créé les compagnies professionnelles bretonnes mais après avoir fortement œuvré dans la structuration de l’ADEC.
Roland Fichet a été président de l’ADEC Union Régionale dans ces années-là et a participé à créer les liens avec la FNCTA issue en 1974 de la fusion de la Fectaf et de la Fnsta.
On peut dire que le théâtre en Bretagne dans ces années 70, mêle les chemins professionnels et amateurs, se nourrissant l’un de l’autre et gardant aujourd’hui encore, différemment sans doute, cette proximité.
C’est grâce à ce cheminement commun que les auteurs, la mise en scène, l’ensemble des métiers du théâtre restent le socle de notre action.
A suivre....


4. Les Festivals

Depuis 40 ans l’idée de rassembler les troupes de théâtre amateur dans le cadre d’événements a trouvé des formes diverses. Bien-sûr la plus évidente c’est le festival mais nous allons voir que d’autres modes ont été mis en oeuvre.
Nous avons déjà dit qu’en 1970, un festival a été organisé à le Faouet donc dès le début de l’association. A ma connaissance c’est le 1er. Le suivant a dû attendre 1978 pour prendre place à la Cohue et au Palais des Arts à Vannes en partenariat avec les Cabaniers et la Ville de Vannes.
Certains ont peut-être encore en tête une troupe de Teillé (44) avec son spectacle Téillévision de Bertrand Chauveau acteur amateur et auteur pour sa troupe qui se produit toujours.
Pour le véritable démarrage des festivals, il faut attendre le début des années 80, même 1982 et le festival de Guer en lien avec la MJC de l’époque.
Et puis ce sera le grand épisode à Lizio de 1983 à 2006 qui a vu passer la plupart des troupes amateurs du Grand ouest qui ont marqué leur temps.
Et durant cette période d’autres événements ont eu lieu : 2 festivals nationaux à Lorient en 1985 et 1991 en partenariat avec Plateau en Toute Liberté et la Ville de Lorient, citons par exemple les Chipicoules de Rennes avec Lisistrata d’Aristophane en 85, La fiancée de l’eau de Tahar Ben jelloun par le Théâtre du Temps Libre de Lanester en 91.
Dans cette même période ont été initiées des rencontres de Pays à la Gacilly en 1988, qui se sont poursuivies par le festival de Questembert de 1989 à 1993 en lien le Théâtre de la Relève. Si l’idée de départ était de poursuivre sous forme de rencontres de pays, donc une dimension locale, rapidement c’est l’échelon départemental qui s’est imposé.
Nous connaissons aujourd’hui Effervescences, rencontre itinérante sur le département qui vient de connaître sa 7è édition en 2009 et le festival à Josselin depuis 3 ans.
Au-delà des chiffres et des dates, ce qui se joue, c’est le besoin de se rassembler, de confronter des approches exigeantes, de faire événement bien sûr et de rencontrer un public large et divers, en tout cas différent de son public habituel.
Cette posture maintient une dynamique plutôt enthousiasmante pour les troupes qui s’engagent dans une véritable démarche artistique. Tout en se préoccupant de son public, la perspective de s’exporter et de rencontrer des paires est stimulante.
Pour autant il ne s’agit pas de compétition, ce que nous avons toujours exclu, il s’agit surtout d’aller le plus loin possible dans son désir de théâtre.


5. L’Adec56 et les réseaux

D’abord nos relations fédérales : Notre filiation d’origine est la FNCTA, seule fédération à être totalement consacrée au théâtre amateur. Nous avons en région l’Union Régionale Ouest FNCTA composée de 9 départements et un comité départemental seulement dans les départements bretons.
Notre présence singulière en milieu rural nous a amené à nous rapprocher également de la FNFR (Confédération Nationale des Foyers Ruraux) et de son échelon régional l’UBAPAR. Des actions d’importances ont vu le jour depuis ce rapprochement : notons par exemple la mise en place d’un BEATEP théâtre en 1998, l’organisation d’universités rurales nationales comme Courant d’Art (2003), la mise en place d’un programme de formation « de l’écriture à la scène » (2004 - 2006) et un colloque national à Rennes (2008).
Depuis 2003, l’Adec56 est antenne du réseau national ANETH (Aux Nouvelles Ecritures Théâtrales) et dispose du fonds théâtre sélectionné par un comité de lecture. Il se constitue particulièrement de plus de 300 manuscrits.
Nous sommes partie prenante également du réseau Cathel (Catalogue collectif théâtre en ligne). Une dizaine de centres ressource bibliographique théâtre en Bretagne en est membre. Une réorganisation de l’outil est actuellement en cours et le catalogue sera de nouveau en ligne dans quelques temps. La nuit des Auteurs, en début de saison, est une action organisée dans le cadre de ce réseau. Cathel, né grâce à l’impulsion de Théâtre’s en Bretagne, est maintenant de la compétence de l’EPCC (Etablissement Public de Coopération Culturelle) Spectacle Vivant en Bretagne.
Nous adhérons à l’ADDAV (Association de développement des Arts Vivants) avec laquelle nous menons plusieurs actions notamment de formation dans le cadre du schéma départemental des enseignements artistiques. Nous participons au Conseil d’administration de l’ADDAV.
Sur le plan artistique nous entretenons des liens particuliers avec le CDDB théâtre de Lorient avec lequel nous mettons en place des rencontres et des stages avec des artistes en résidence.
Nous sommes attentifs également à créer des liens avec des artistes de la région avec lesquels nous cheminons.
Cette richesse de relation nourrie la réflexion et inscrit l’action dans une dynamique départementale, régionale et nationale. Cette implication est nécessaire pour que la pratique du théâtre en amateur soit prise en compte et reconnue dans le paysage théâtral et culturel.
L’essentiel étant bien entendu l’impulsion que procurent les différents réseaux.


6. Les années 80

Lors de la seconde décennie, l’association régionale ADEC va décentraliser et confier à chaque département le soin de s’organiser, d’être employeur, de mener sur son territoire les actions qui lui semblent nécessaire.
Jusqu’alors l’union régionale était le point central chargé de l’impulsion et de la coordination des 12 départements de l’ouest. Certains départements avaient constitué un comité départemental, ce qui était le cas du Morbihan et des Côtes d’Armor, l’Ille et Vilaine confondant département et région. Le Finistère s’est constitué seulement dans les années 90 et les autres départements n’ont pas fait la démarche.
Le Morbihan va prendre une véritable dimension dès le début des années 80 avec un conseil d’administration ouvert et constitué de représentants de troupes des secteurs de Vannes, Lorient, Auray, Ploërmel, Sarzeau. Un festival à Guer en 82 fédère les énergies. Un premier poste aidé est créé pendant quelques mois, mais les conditions ne sont pas suffisamment remplies pour pérenniser.
Fin 84 / début 85, nouvelle tentative plus heureuse cette fois, et c’est là que le comité départemental devient employeur. A cette période des partenaires accompagnent le projet, particulièrement le Conseil Général et la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports grâce auxquels nous avons pu nous inscrire dans la durée. D’autres se sont joints depuis : le Conseil Régional, la Drac, la Ville de Josselin, ponctuellement le CNL, le Pays de Ploërmel et les programmes Leader.
C’est à cette époque également que le choix d’une implantation du siège de l’association en milieu rural se fait. Le président de l’époque, Jean-Luc Emeraud, impliqué dans la troupe qui deviendra la Rumeur du Roc St André, rencontre le maire de Lizio, avec lequel se projette un festival et une bibliothèque de théâtre. Une longue histoire commence puisque le festival connaîtra une vingtaine d’éditions.
La bibliothèque théâtre va commencer grâce à la mise à disposition d’un fonds théâtre de la Bibliothèque Départementale de Prêt, de 300 ouvrages. Un investissement régulier nous amène aujourd’hui à plus de 6000 titres.
Ces années ont été celles où s’est consolidée la mobilisation des amateurs de théâtre pour qu’une association départementale mette en œuvre le projet qui lui permet de se former, de s’organiser, de créer la dynamique qui aujourd’hui continue d’affirmer sa présence. La conjonction des moyens et des énergies, bénévoles et salariés ont permis cette structuration qu’il nous appartient de poursuivre.


7. L’Adec56 et son implantation géographique

Finalement dans toute son histoire l’Adec a toujours eu son siège social en milieu rural, à part une brève étape à Vannes en début d’existence de 1968 à 1970.
A Malestroit de 1970 à 1982, à Lizio de 1982 à 1991 puis à Josselin de 1991 à aujourd’hui. C’est semble t-il le domicile des présidents qui a été la première justification pour s’affirmer ensuite véritablement comme choix dans son implantation à Lizio.
Le théâtre en amateur a traditionnellement une forte implantation dans le territoire rural, des personnes impliquées dans l’association faisant le choix d’habiter ce territoire ont souhaité l’y implanter.
L’affirmation s’est faite notamment dans une période où le slogan « vivre et travailler au pays » était en vogue, où l’on décidait d’être acteur de son territoire et notamment de mettre en place ce qui était nécessaire sur le plan culturel et le plan des pratiques.
C’était aussi nourrir le débat au sein de la pratique de théâtre en amateur en ayant des propositions qui interrogent le choix des textes, qui amènent à une plus grande maîtrise du jeu de l’acteur, de la mise en scène, de toutes les techniques de la scène à travers des stages, en allant voir des spectacles...
Faut-il être en milieu rural pour cela ? Sans doute pas, mais pourquoi pas ? En tout cas cela permet de ne pas se reposer sur des certitudes, car il faut toujours remettre en jeu, rien n’est acquis. Autrement dit cette implantation en milieu rural a fait bouger des représentations et mis en évidence des possibles.
Ceci dit, il reste beaucoup de chemin à faire et si l’on regarde par exemple les équipements, l’espace où le théâtre se représente a perdu du terrain. Autrefois chaque commune avait une salle dédiée au théâtre avec une scène, une cage de scène, une salle avec des fauteuils fixes. Il reste quelques traces de ce passé, quelques communes ont réhabilité ces salles, elles sont rares.
Aujourd’hui le théâtre se représente le plus souvent dans une salle polyvalente, où il faut faire le noir, où la scène ressemble souvent à une salle de réunion, la cage de scène s’est transformée en plafond blanc, bas avec des néons. Quelques communes ont réalisé des salles où le spectacle peut véritablement trouver sa place tout en gardant une certaine polyvalence.
Il appartient aussi au théâtre amateur d’avoir des exigences dans sa pratique qui engendrent des exigences en terme d’espace pour l’accueillir.
Il semble que de nouvelles approches émergent qui prennent en compte plus précisément les besoins en terme de représentation du théâtre et du spectacle de façon plus large.
Rêvons que ce soit la tendance forte d’aujourd’hui.

Alain Rault
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