L’enfant rêve vu par Antoine Caubet


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L’Enfant Rêve vu par Antoine Caubet :

Un père, une mère penchés sur le lit de l’enfant qui dort : image idyllique, point d’origine de l’aventure humaine… Surgissent soldats, cris, coups de feu, ordres, personnages hébétés qui fuient et se cachent. Le père est tué, commence pour la mère et l’enfant la longue épopée de la fuite et toutes les stations du calvaire : laisser le cadavre du mari, se prostituer avec le capitaine du bateau pour qu’il laisse mère et enfant monter à bord, marchander avec les autorités politiques d’une île où ils devaient débarquer et être en sécurité, assister enfin à la mort de l’enfant, rejoignant le chœur des enfants morts posés en tas sur le sol, attendant la résurrection en la venue d’un hypothétique Messie.

Voilà qui semble nous mettre en plein cœur de l’actualité et du drame des réfugiés de tant de pays, qui souffrent, meurent, se voient tant rejetés. Certes, Hanokh Levin, fort de l’histoire du XX° siècle, de la Shoah aux déplacements de populations, semble être « voyant » en écrivant cette pièce voici presque trente ans. Certes, la cruauté du monde est omniprésente et disséquée sans vergogne, avec une ironie cinglante. Certes nous reconnaissons en cette pièce nos maux, nos impuissances, nos faiblesses, nos peurs.
Mais reprenons : le père meurt d’une « fellation au pistolet » imposée par « la femme née pour l’amour », maîtresse du commandant qui se félicite de l’incroyable puissance de l’espoir de vivre qui anime les hommes malgré leur mort imminente et certaine. Le capitaine refuse de prendre en charge l’enfant sur son bateau car lui-même a perdu sa fille il y a quelques années : alors pourquoi sauverait-il l’enfant d’une autre alors que celle-ci n’a pas souffert lors de la mort de sa propre fille, et que vaut la mort d’un enfant ? Empêche-t-elle de vivre ? Non, même si l’enfant meurt, sa mère vivra, comme lui a survécu ; alors le moins qu’elle puisse faire, c’est se donner à lui, misérable compensation au « risque » que le capitaine prend en accueillant ces réfugiés.

L’arrivée du bateau de réfugiés au port de l’île donne lieu à un show médiatique hilarant du gouverneur de l’île qui refusera de laisser les réfugiés débarquer, mais aussi s’avanceront « les enfants affamés » de l’île qui viendront mendier auprès des réfugiés, puis les injurier car eux aussi n’ont rien, tandis qu‘ « un jeune boiteux », poète albatros, écrira sur le drame de ces éternels refusés. Enfin, le Messie attendu par les enfants morts pour la résurrection s’avèrera être un voleur de bijoux et de montres qu’il distribuera aux soldats pour avoir la vie sauve, en pure perte d’ailleurs… Et même si l’enfant que nous suivons depuis le début de la pièce refuse de mourir complètement et de se taire, il redeviendra poussière, comme nous tous.

À chaque étape du voyage vers le néant, les scènes (qui pourraient parfaitement être réalistes) prennent une dimension mythologique et questionnent le sens de la vie, la nature tragique de la condition humaine, ceci comme cristallisé par une ironie mélancolique face à la vie. Les personnages n’ont pas de personnalité, de psychologie particulières : ils sont « la mère », « l’enfant », « la femme née pour l’amour », « l’ensanglanté », « le jaloux des vivants », « l’édenté »…

50 personnages accompagnent ainsi l’épopée de la mère et l’enfant, une douzaine de personnages par acte durant 4 actes. Le projet consiste à réunir 50 acteurs en 4 groupes, et de travailler toute l’année par groupe pour enfin se réunir et présenter ce chef d’œuvre.

Antoine Caubet

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